lundi 16 juin 2014

Le conte de juin : Mister Chat-chat et le fantôme



Hello les filles et les gars ! Comment ça va ? Moi, je m'appelle Mister Chat-chat ! Je suis un jeune et beau matou de gouttière, noir, avec un peu de blanc sur les pattounes, comme des chaussettes.
L'histoire que je vais vous raconter, eh ben, elle est vraie ! Tout ce qu'il y a de plus vrai ! Foi de Mister Chat-chat !

Chat Noir


Un soir que j'me vautrais dans une poubelle du village, qui sentait bon l'os de poulet moisi et le poisson pourri – mes préférés – j'entendis un bruit. Dehors. Enfin, hors de la poubelle, quoi ! Croyez pas que je sois trouillard ! La nuit, moi, elle m'appartient ! J'y vois aussi clair que le jour. Je reconnais toutes les odeurs, je ressens les choses, comme un sixième sens. J'ai l'instinct, quoi, comme on dit ! Mais là, rien de tout ça : ni une odeur ni une forme familières, et l'instinct un peu en vrille, qui me répète que y'a quelque chose qui cloche. Mais quoi ?
Je lâchai mon arête de poisson, osai un oeil, caché derrière une boîte de raviolis vide, et aperçut... un fantôme : Un chat noir se tenait devant ma poubelle. Vous me direz, un chat, dans la rue, le soir, y'a rien de plus normal. Sauf que, tenez-vous bien, celui-ci était... transparent. On voyait au travers de son corps les objets derrière lui. Une bête immense. Impressionnante. Démoniaque. 

Le monstre tourna la tête vers moi. Dans ses yeux, brillaient des étincelles de feu, prêtes à vous transpercer le corps. Je me recroquevillai derrière ma boîte de raviolis, et me fit plat comme une raie manta, espérant que je ne l'intéresserais pas.
Je ne sais pas combien de temps je restai ici, à ne même pas oser gratter les puces qui couraient sur mon dos, mais quand enfin mon instinct me dit qu'il n'y avait plus de danger, je sortis de ma poubelle. La rue était vide. Plus un chat. Enfin, vous comprenez ce que je veux dire !


Je rentrai chez moi, me faufilai par la chatière, évitai soigneusement le gros balourd avachi dans son panier - je veux parler du chien de la maison – et allai finir ma nuit en rond au-dessus de la chaudière.

Bien que je sois un matou tranquille, la rencontre avec le chat-fantôme m'avait tourneboulé l'esprit, et je fis cette nuit-là quelques cauchemars peu sympathiques, mais au petit matin, tout frais, tout neuf ! Hop ! Je fonçai dans la cuisine me jeter dans les pattes de ma maîtresse qui pesta que j'avais failli la faire tomber, et miaulai comme un malotru pour avoir ma pâtée.
Le gros balourd était dehors, à aboyer contre les mouches, j'étais pénard !

Mais quand la nuit revint, et que je retournai faire mes p'tites courses dans les poubelles du quartier, je pressentis à nouveau cette présence inquiétante. Un rapide coup d'oeil me permit de voir que l'animal avait l'air de chercher quelque chose.
Le mystère du fantôme du chat noir s'épaississait encore.
Il fallait que je mène l'enquête.
La nuit suivante, je sortis donc un peu plus tôt, me faufilai dans un sac de papier vide qui sentait bon le hamburger-frites, fit deux trous avec mes griffes pour les yeux – Si ! Si ! Croyez pas que je vous raconte des bobards, je suis un chat ingénieux – et m'installait, l'air de rien, à côté de la poubelle, sur le trottoir, là où visiblement le chat-fantôme avait l'habitude de passer. Je n'eus pas à attendre longtemps, car le monstre arriva du bout de la Grande Rue. Je pouvais l'observer tout à mon aise. Il marchait sans se presser, jetait des regards à droite et à gauche, reniflait le sol, comme s'il cherchait quelque chose. Je me demandais ce qu'un fantôme pouvait bien sentir, et j'espérais en tout cas qu'en ce qui me concernait, il lui parvenait plutôt des effluves de big mac que mon odeur de chat... Je n'osais imaginer la chair à saucisse qu'il ferait avec moi s'il me trouvait !

Je le vis sauter sur plusieurs fenêtes de maison, regardant intensément à l'intérieur. C'était étrange tout de même, vous ne trouvez-pas ?

Il revint ainsi tous les soirs, empruntant le même chemin, reniflant les mêmes endroits, regardant à l'intérieur des mêmes maisons...
Mais que cherchait-il donc ?

Une nuit qu'il faisait particulièrement froid, et que j'étais fidèle à mon poste, à observer mon fantôme depuis un vieux pull miteux et troué sous lequel je m'étais camouflé, je fus pris d'une crise de coryza – vous savez, le rhume des chats – et me mis à éternuer violemment. Mortifié, je ne bougeai pas, n'osant regarder dans la rue, quand je sentis qu'on tirait sur le pull. Et je me retrouvai... face à face avec mon fantôme : Ses yeux dorés me fixaient intensément. Il pencha la tête, m'observant avec attention.
Allait-il me sauter dessus ? Me paralyser ? Me lacérer de coups de griffes ? M'envoûter ? M'emmener avec lui dans le monde des morts ?

Non, rien de tout cela. Il s'adressa à moi calmement - J'imagine que vous savez que les chats parlent... Enfin, par la pensée – et ses paroles étaient comme une onde douce et bienveillante qui se déversait en moi. Ce chat n'avait rien de méchant, bien au contraire. Et son histoire m'alla droit au coeur. Elle était belle et triste à la fois.

Voulez-vous la connaître ?
C'était il y a deux ans. Il était encore un beau et grand chat noir plein de vie, que toutes les minettes du quartier regardait en ronronnant de plaisir. Mais lui, était tombé amoureux d'une petite chatte de gouttière, à rayures grises et noires, avec un peu de blanc sur les pattes. Tous les soirs, ils se baladaient ensemble, côte à côte, dans le village. Chassaient les souris. Fouillaient les poubelles. Gambadaient dans les jardins...
Et puis, une nuit, dans la grande rue, un chauffard avait déboulé à toute allure, et les avait violemment percutés tous les deux. Lui était mort sur le coup.
Mais il ne savait pas si sa compagne avait été tuée ou seulement blessée. Depuis, il n'avait qu'une idée en tête : savoir ce qu'elle était devenue, et sa quête de vérité l'avait amené à revenir dans cette rue, sur le lieu de l'accident, pauvre fantôme errant, à la recherche de quelques indices sur sa bien-aimée.
- Tu sais, m'avait-il dit, c'était la chatte de ma vie, mon grand amour, comme il n'en existe qu'un dans l'existence... Et je ne trouverai la paix que quand je saurai ce qu'il lui est arrivé ce soir-là !
J'étais éberlué ! Cette histoire, je l'avais entendue des dizaines et des dizaines de fois. Je me mis à frémir des pieds à la tête, et invitai le chat-fantôme à me suivre.
- Viens, lui dis-je seulement, j'ai quelque chose à te montrer.

Il me suivit dans la Grande Rue, jusqu'à ma maison.
Là, par la fenêtre, je lui montrai une belle chatte de gouttière, à rayures grises et noires, avec un peu de blanc sur les pattes, comme des chaussettes, qui dormait en rond sur le canapé : Miss Miaou, qui ne sortait plus de la maison depuis son terrible accident. Depuis la perte de son compagnon qu'elle avait tant aimé.
Miss Miaou, ma mère.

Le chat noir l'observa un long moment. Puis il me regarda.
- Je peux partir, maintenant, je sais qu'elle va bien, qu'elle est heureuse, et même... qu'elle a un fils qui aime se cacher dans les poubelles.
Je le sentis sourire. J'avais un peu honte de l'avoir espionné, mais quelque chose me disait qu'il ne m'en voulait pas, et même, qu'il m'aimait bien.

Il sauta prestement sur le trottoir, fit quelques pas.
Je le rattrapai. J'avais un dernier secret à lui confier. Mais je compris qu'il le connaissait déjà quand il se retourna vers moi, plantant ses yeux dorés dans mes yeux verts.
- Prends bien garde à toi, mon fils.
Puis, je vis mon père disparaître dans la nuit.




Extrait du recueil "Chats, sorcières et crottes de souris" de Sophie NOËL 

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